Caricatures : deux associations assignent «Charlie Hebdo»

Caricatures : deux associations assignent «Charlie Hebdo»

Les deux journaux de Charlie Hebdo publiés le 25 septembre.

Les deux journaux de Charlie Hebdo publiés le 25 septembre. (Photo Kenzo Tribouillard. AFP)

Elles reprochent à la publication satirique d’avoir incité à la haine raciale et diffamé la religion musulmane en publiant des caricatures de Mahomet en septembre.

Libération

Charlie Hebdo a été assigné pour provocation et incitation à la haine raciale et diffamation par deux associations pour la publication de caricatures du prophète Mahomet dans son édition en septembre dernier, a annoncé vendredi l’avocat de l’hebdomadaire satirique.

Déposée au nom de l’associations Rassemblement démocratique algérien pour la paix et le progrès (RDAP) et de l’Organisation arabe unie, qui se présente comme une «branche organe» du RDAP, la citation directe devant le tribunal correctionnel de Paris vise le journal, son directeur de la publication et deux dessinateurs.

Ces deux associations se présentent comme ayant pour objet «la défense et le soutien des personnes musulmanes et/ou arabes» et réclament au total 580 000 euros de dommages et intérêts, selon la citation consultée par l’AFP.

Celle-ci vise des dessins publiés dans l’édition du 19 septembre dernier de Charlie Hebdo, qui avait été épuisé le jour même puis retiré le vendredi 21 septembre, «jour sacré pour les musulmans», selon le texte. La publication de ces caricatures, survenue peu après la diffusion sur internet d’un film islamophobe qui avait entraîné des violences dans plusieurs pays, avait suscité une vive polémique.

Les plaignants jugent notamment six dessins «attentatoires à l’honneur et à la considération du prophète Mahomet et à la communauté musulmane». Leur avocat n’avait pu être joint en milieu de journée.

Pour l’avocat de Charlie Hebdo, Me Richard Malka, les demandes «exorbitantes» et les «accusations» sont formulées «comme si ces dessins devaient être pris au premier degré et ne relevaient pas d’une publication satirique».

«Une fois de plus, on tente d’impressionner, de faire peur pour empêcher cette tradition humoristique française à l’égard des religions de s’exercer», a estimé l’avocat. Une première audience de procédure est prévue le 29 janvier.

Pour ces mêmes dessins une plainte avait été déposée dès le 19 septembre auprès du parquet de Paris par une organisation s’appelant l’Association syrienne pour la liberté, qui se dit domiciliée dans le XXe arrondissement de Paris. Mais le journal n’a eu depuis «aucun retour» à ce sujet, a dit Me Malka. Une autre plainte avait été déposée à Meaux.

Liberation.fr, 7 décembre 2012

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Comment Twitter et Facebook américanisent la liberté d’expression francaise

Depuis quelques semaines, on assiste à une série de dérives autour de propos discriminatoires sur les réseaux sociaux. Si le phénomène n’est pas nouveau, il gagne en ampleur et en exposition. Les auteurs de ses propos s’abritent principalement derrière l’humour et la liberté d’expression.

Capture d’écran du hashtag #Unbonmusulman sur Twitter. Crédit : Mehdaax

Seulement, en France, notre liberté d’expression est encadrée par des lois. Dans la Déclaration universelle des droits de l’homme, il est inscrit que : « Tout individu a droit à la liberté d’opinion et d’expression, ce qui implique le droit de ne pas être inquiété pour ses opinions. » Mais il est aussi indiqué qu’elle connaît certaines limites, précisées par la loi. En effet, cette liberté peut subir des restrictions dans des cas de diffamation, d’insulte, de discrimination raciale, de négationnisme, d’incitation à commettre un crime, de menace, de propagande de méthodes pour se donner la mort. Mais aussi pour défendre des droits de propriété intellectuelle et l’enfance.

Dans des pays comme les Etats-Unis, cette liberté est quasiment totale. Le 1er amendement de la Constitution américaine précise que : « Le Congrès ne fera aucune loi pour conférer un statut institutionnel à une religion, [aucune loi] qui interdise le libre exercice d’une religion, [aucune loi] qui restreigne la liberté d’expression, ni la liberté de la presse, ni le droit des citoyens de se réunir pacifiquement et d’adresser à l’Etat des pétitions pour obtenir réparation de torts subis (sans risque de punition ou de représailles). » Il est donc possible de faire partie d’un groupe néo-nazi ou de porter un t-shirt explicitement raciste sans être inquiété légalement. Si la police fédérale surveille de près ce genre de groupe, elle n’agit pas tant qu’il respecte la loi et ne fait qu’exprimer ses idées.

Crédits : JAMIE SABAU / GETTY IMAGES

Une charte ne fait pas office de loi

Avec le rapprochement des peuples et des idées qu’a provoqué Internet, la définition de la liberté d’expression s’est globalisée, adoptant tacitement la version américaine.  Tout comme les séries américaines altèrent notre vision de la justice française. Ce phénomène s’est accéléré depuis quelques années avec l’émergence de réseaux sociaux comme Facebook ou Twitter. Créés par Mark Zuckerberg et Jack Dorsey, les deux sites ont une charte d’utilisation basée sur la loi américaine et le 1er amendement. Là où il n’existait aucune charte d’utilisation pour Internet (hormis, bien entendu, le respect de la loi), on donne aujourd’hui de nouveaux « droits » et de nouvelles « règles » aux utilisateurs de ces réseaux.

Même si ces chartes ne remplacent pas la législation, elles infléchissent le comportement des internautes. D’autant plus quand on sait que Facebook est utilisé par plus d’un milliard d’internautes dans le monde, selon les derniers chiffres de Mark Zuckerberg, et environ 26 millions en France, selon les derniers chiffres Nielsen. Petit à petit, la notion de liberté d’expression française que possède les internautes est éclipsée et remplacée par une qui se veut plus large, plus permissive.

Comment s’étonner alors de voir le nazisme banalisé sur Twitter ? De voir des échanges de propos racistes dans des commentaires Facebook ? De voir un concours de blague sur les Juifs déraper en succession de propos antisémites ? En ne faisant rien pour tempérer ce genre de propos, Facebook et Twitter nous encouragent directement à nous exprimer « totalement et sans contrainte », favorisant ainsi ces comportements. Pire, les personnes tenant des propos contrevenant à la loi française (discrimination raciale, insulte, diffamation, menace…), ne comprennent même plus pourquoi ils n’auraient pas le droit de les exprimer, criant à la censure dès qu’une modération est faite ou qu’une plainte est déposée.

Des recours perçus comme répressifs

Bien sûr, il existe des recours : Facebook, comme Twitter, écoute généralement les demandes des gouvernements, des tribunaux ou des associations sur ce sujet. Les utilisateurs peuvent également signaler des propos ou des groupes offensants. Et un utilisateur peut faire l’objet d’une plainte s’il tient des propos illégaux.

>> Lire : « #UnBonJuif : après les plaintes, quels risques juridiques pour Twitter et ses utilisateurs ?« 

Mais ce ne sont que des solutions a posteriori, perçues comme répressives par les utilisateurs et qui ne sont pas toujours logiques. Facebook répond aussi favorablement à une demande de censure d’une image représentant un tableau de nu qu’au signalement d’un groupe islamophobe. De plus, elles ne permettent pas de rappeler aux internautes français que si la République française est fondée sur des notions de liberté, elle l’est tout autant sur le respect de l’autre. Faut-il pour autant faire de nouvelles lois ? Non, juste nous rappeler pourquoi ces restrictions existent.

LeMonde.fr, FLAVIEN HAMON, 19 Octobre 2012

Moins fort, la pub!

Chacun s’est un jour bouché les oreilles en entendant la différence de volume entre les écrans publicitaires et les autres programmes. Une hérésie désormais réparée par les deux opérateurs du marché belge. Pour la radio, ce sera beaucoup plus long.

C’était, jusqu’à il y a quelques jours, une des récriminations les plus courantes des auditeurs et des téléspectateurs. On pourrait presque dire que chacun d’entre nous s’est un jour au moins fait la réflexion que quelque chose clochait dans sa radio ou son téléviseur à l’heure de la pub. Résumons grossièrement : depuis des années et des années, le volume sonore des écrans publicitaires, tant en radio qu’en télé, est nettement supérieur à celui des autres programmes. D’où cette impression que les publicitaires « hurlent » pour se faire entendre entre le JT, les films, les séries ou les divertissements…

« Le fait est là : si le nombre de plaintes varie en fonction des époques – par exemple celles concernant la call-TV ont quasiment disparu depuis que le secteur a été réglementé –, le nombre de plaintes sur le volume sonore des publicités est lui récurrent, explique Marc Janssen, président du CSA (Conseil supérieur de l’audiovisuel). Nous avons conscientisé les opérateurs au sujet et stimulé la recherche d’une solution et je dois saluer le fait que la RTBF a joué un rôle de moteur sur cette question. »

Depuis le 20 août dernier en effet, la RTBF et RTL, qui ont coordonné leurs efforts sur ce sujet, ont appliqué de concert les nouvelles normes européennes, si bien que les six chaînes de ces deux groupes émettent désormais sans qu’apparaisse aux oreilles du téléspectateur de différence de volume entre les écrans publicitaires et le restant des programmes. Pour le dire vite, c’est la compression du son qui donnait cette impression (car le « loudness » ne porte pas seulement sur un niveau sonore objectif mais sur la sensation d’intensité sonore d’un programme).

Pourquoi cela n’a-t-il pas été fait plus tôt ? « Je n’appartiens pas à ceux qui pensent que c’est le résultat d’une volonté délibérée des annonceurs et des agences de pub : rien en tout cas ne permet d’affirmer que la problématique n’est pas purement technique », dit encore Marc Janssen. À la RTBF, Cécile Gonfroid, directrice générale Technologies & Exploitation, est plus mesurée : « Chacun, chaîne de télé ou publicitaire, travaillait jusqu’ici selon ses propres normes techniques, c’est vrai. Ce qui ne signifie pas que cela n’arrangeait pas les annonceurs que le volume de leur pub soit exagéré… »

En radio ? Pas tout de suite

Ce qui a changé, c’est que l’UER (Union européenne de radio-télévision, qui regroupe essentiellement les services publics européens) a défini une nouvelle norme sonore (R 128). Florian Camerer, de l’ÖRF (radio-télévision autrichienne), directeur du groupe technique sur la question, n’hésite pas à parler de

« nirvana du ’loudness’ » : « C’est une avancée vitale dans l’histoire de la diffusion car cette problématique était devenue, dans le monde entier, une source majeure d’irritation pour le téléspectateur et l’auditeur. »

En Belgique, la RTBF et RTL ont donc investi dans de nouveaux équipements pour leurs régies de diffusion voire, pour la RTBF, leurs cars de captation. Toute la chaîne de production a été modifiée puisque les agences de pub fournissent désormais aux régies (RMB et IP) des fichiers aux nouvelles normes.

« Cette décision coordonnée était d’autant plus nécessaire, dit Thierry Piette, directeur technique et informatique chez RTL Belgium, que, depuis le début de l’année, les chaînes françaises appliquaient déjà pour leur part cette nouvelle norme et que, pour le téléspectateur zappant d’une chaîne belge à une chaîne française, le contraste était d’autant plus saisissant et dérangeant. Cela n’empêche évidemment pas les producteurs de faire le choix artistique de travailler le son dans le sens d’une compression. »

La radio est sans doute plus exposée encore à la problématique puisque tout y repose sur le son. La question est à l’étude, mais tant à la RTBF qu’à RTL, on estime que, pour des raisons techniques, elle aura beaucoup de mal à être résolue sur la FM et qu’elle concernera en réalité la radio numérique (DAB+) à l’avenir totalement incertain actuellement, d’autant que privé et public ne sont pas sur la même longueur d’ondes (c’est le cas de le dire) sur ce terrain.

Justement, le président du CSA veut voir dans cette décision commune sur le volume sonore de la pub une nouvelle symbolique : « C’est la preuve que les deux grands acteurs qui se mènent une concurrence rude sont capables de s’entendre et de faire avancer les choses sur des problèmes importants. Et la preuve que les plaintes des téléspectateurs sont écoutées et que cela vaut la peine qu’ils s’adressent aux autorités publiques. »

–>Lesoir, JEAN-FRANCOIS LAUWENS, vendredi 31 Août, 2012


Facebook et le « paradoxe de la vie privée »

Facebook et le « paradoxe de la vie privée »

Scandale : un bug de Facebook rend publics les messages privés de (certains de) ses membres. La rumeur, lancée sur Facebook, relayée par MetroFrance, reprise par la quasi-totalité des médias, (mollement) démentie par Facebook, a généré un vent de panique sur les réseaux sociaux et dans les médias… au point que le gouvernement, via Arnaud Montebourg et Fleur Pellerin, vient de saisir la CNIL (MaJ : voir aussi l’interview que j’ai accordée à Arte sur ce vent de panique, et l’excellente synthèsede Michaël Szadkowski et Damien Leloup).

Facebook, de son côté, dément, avançant que « les messages sont de vieux posts du wall qui ont toujours été visibles sur les profils des utilisateurs [et que] il n’y a pas eu de bug ni de violation de la vie privée », laissant entendre que cette panique collective serait due au fait que « les internautes ont simplement oublié comment ils utilisaient le wall à l’époque ».

En attendant de savoir ce qui s’est vraiment passé, l’ampleur médiatique que prend cette information est révélatrice du « paradoxe de la vie privée » (voir La vie privée, un problème de vieux cons ?) auquel sont confrontés Facebook, en particulier, et les internautes en général : plus on partage, plus on s’expose, plus on a peur des atteintes à sa vie privée. Or, sur un réseau social, on mène une vie… sociale, et il est somme toute illusoire de pouvoir y mener une « vie privée« .

Facebook, initialement conçu pour permettre de communiquer entre personnes issues de la même école, du même sérail, est un « réseau social » qui, depuis, pousse ses utilisateurs à y mener une vie publique, tout en y révélant un maximum de données personnelles, de sorte de pouvoir « profiler » ses utilisateurs, et de commercialiser ces profils clients auprès d’annonceurs pour y afficher de la « publicité comportementale » et personnalisée, en vertu de l’adage qui veut que « Si c’est gratuit, c’est que vous êtes le produit« .

Cela fait des années que je me tue à répéter qu’il n’y a pas de « vie privée » sur Facebook : sur un « réseau social« , on mène une « vie sociale« , voire une « vie publique » (voir Pour en finir avec la « vie privée » sur Facebook). On attend donc avec impatience les explications de Facebook, qui venait par ailleurs d’annoncer qu’il suspendait la reconnaissance faciale de ses utilisateurs européens, afin de respecter les préconisations de l’autorité irlandaise chargée de la protection des données privées (DPC).

Petits espionnages entre amis

Accessoirement – si j’ose dire –, les gens n’ont pas attendu ce « bug » pour espionner leurs conjoints, enfants, parents, collègues, employés, patrons, colocataires, etc. : l’espionnage de la correspondance privée, autrefois réservé aux seuls services de renseignement et barbouzes, est aujourd’hui à la portée de n’importe qui, ou presque (voir mon petit manuel de contre-espionnage informatique).

En tout état de cause, ce « bug Facebook » n’est que la partie émergée de l’iceberg de ce « paradoxe de la vie privée » : il est en effet très simple de lire les courriels, SMS ou messages privés d’un quidam : il suffit d’attendre qu’il prenne sa pause déjeuner, qu’il aille aux WC, dormir ou regarder la TV pour entrer dans son ordinateur ou son téléphone portable…

Je me plais à penser que la majeure partie des fidèles lecteurs de ce blog ont installé un fond d’écran, protégé par un – bon – mot de passe, s’activant automatiquement dès lors qu’ils s’éloignent de leur ordinateur, qu’ils utilisent une session (protégée par un – bon – mot de passe) par utilisateur en cas d’ordinateur partagé, qu’ils pensent à se déconnecter de leurs comptes Facebook/mail/Twitter quand ils utilisent un autre ordinateur que le leur, ou encore que l’accès à leur téléphone portable est protégé par un (bon) mot de passe…

Las : rares son ceux qui protègent correctement l’accès à leurs ordinateurs et téléphones portables, facilitant dès lors – et hélas – l’espionnage de leurs correspondances privées par leurs conjoints, enfants, parents, collègues, employés, patrons, colocataires, etc.

De fait, la majeure partie des actes de malveillance (a fortiori d’espionnage) informatique émanent effectivement, non pas de « pirates informatiques » russes, roumains ou chinois, mais de gens que l’on connaît et côtoie… parce qu’ils peuvent accéder facilement aux ordinateurs, smartphones ou réseaux sociaux de personnes qu’ils jalousent, suspectent, pour leur nuire ou, plus simplement, « pour rigoler« …

Il ne s’agit bien évidemment pas de défendre de telles pratiques, mais l’ampleur de la polémique autour des messages privés de Facebook montre à quel point les internautes attendent de Facebook qu’il protège leur vie privée… alors même que, et souvent, ils ne la protègent pas eux-mêmes correctement.

Licenciés à cause de Facebook, ou dénoncés par leur « ami » ?

Nombreux furent ceux qui s’enflammèrent ainsi, en 2010, au sujet de ces salariés qui avaient été licenciés « à cause de Facebook« , et parce qu’ils y avaient dénigré leur employeur… à ceci près que Facebook n’était en rien responsable de leur licenciement : ils avaient tenus ces propos « en privé« , propos qui avaient été copiés/collés par un collègue afin de les « dénoncer » à leurs supérieurs, un peu comme si leurs propos avaient été enregistrés dans une soirée privée, à leur insu, avant que d’être « balancés » (voir Pour en finir avec les licenciements Facebook).

Le problème, ce n’est pas Facebook ni les réseaux sociaux, mais ce que l’on y fait, et comment. En l’espèce, un « réseau social » n’a pas pour vocation première de protéger notre « vie privée« , mais de nous permettre de mener une « vie sociale« , et donc « publique » par défaut, « privée » lorsque l’on y prend soin de se protéger.

Cela n’exonère donc en rien Facebook de ses responsabilités s’il est démontré qu’il a effectivement rendu publics des messages privés. Il n’en reste pas moins que si l’on veut converser en toute confidentialité, le mieux est encore d’utiliser un logiciel – ou de passer par un service – expressément conçu pour cela, et non par un réseau social dont la vocation commerciale est de vous pousser à vous dévoiler…

Le problème se situe entre la chaise et le clavier

Pour autant, le problème n’est pas Facebook en particulier, les réseaux sociaux ni l’Internet en général : laisser entendre que si les utilisateurs de Facebook voient leur vie privée violée, c’est qu’ils l’ont bien cherché, revient à expliquer à une femme que, si elle a été violée parce qu’elle a bronzé les seins nus, ou qu’elle arborait un décolleté, c’est qu’elle l’avait bien cherché (voir Les RG l’ont rêvé, Facebook l’a fait… #oupas).

Facebook est fait pour partager des informations, et donc les rendre publiques. Accessoirement, on peut aussi y poster des messages privés. Si des messages privés ont effectivement fuité, Facebook devra probablement s’en expliquer devant un tribunal – nonobstant le « bad buzz », et les répercussions sur le cours de son action. Il n’en reste pas moins qu’en termes de sécurité informatique, et donc de vie privée, le problème se situe entre la chaise et le clavier

Occasion de rappeler qu’il existe par ailleurs de nombreux logiciels et services expressément conçus pour protéger nos données et communications privées. Vous voulez protéger vos mails ? Utilisez GnuPG. Vous voulez communiquer de façon instantanée ? Optez pour Jabber+OTR, ou donnez-vous rendez-vous sur crypto.cat (voir Journalistes : protégez vos sources !).

En tout état de cause, et si vous avez quelque chose à dire, partager ou exprimer en toute confidentialité, ne le faites pas sur un « réseau social »… Occasion de repartager ces premières pages du livre que j’ai consacré à ces questions, La vie privée, un problème de vieux cons ?

Le Monde.fr, JEAN-MARC MANACH, 25 septembre 2012

Suicide en direct à la télé américaine : « on a vraiment foiré »

C’est la chaîne Fox News qui est au centre de la controverse ce week-end pour avoir involontairement diffusé, à une heure de grande écoute, la vidéo d’un homme se donnant la mort.

Capture d’écran de Romero quelques secondes avant le coup fatal sur Fox News

Une course poursuite qui finit mal

Vendredi midi, à côté de Phoenix (Arizona) : la chaîne locale Ksaz-TV affiliée à Fox TV suit d’un hélicoptère une course poursuite de près d’une heure entre la police et un monospace de couleur rouge.

Le suspect identifié le lendemain par la police, Jodon F. Romero, 33 ans, aurait le matin même braqué avec son arme à feu une voiture puis tiré sur des policiers. Il était recherché par les autorités pour avoir violé sa liberté sur parole dans une affaire de possession d’armes et autres crimes avec violence.

Après une heure de retransmission en direct, on peut voir la voiture du suspect quitter l’autoroute et emprunter un chemin de terre, ou Romero décide de s’arrêter et de continuer la fuite à pied. Armé, le jeune homme, visiblement effaré, cible des tirs des policiers à sa traque, décide de retourner l’arme contre lui.

La scène, inattendue, dure une fraction de secondes et a pris tout le monde de court – le cameraman, la régie, et même le présentateur, Shepard Smith, provoquant un buzz quasi instantané sur Twitter et Youtube.

« On a vraiment foiré sur ce coup »

Capture d’écran de Shepard Smith sur Fox News

 

Alors que sur les images on voit le suspect quitter la route à pied, s’arrêter pour pointer l’arme contre lui, on peut clairement entendre Shepard Smith, de Fox News, presser la régie de couper les images… bien trop tard.

« On a vraiment foiré sur ce coup et nous sommes tous désolés. Ça n’appartient pas à la télé… et je m’excuse personnellement pour ce qui vient de se passer […] C’est mal, et ça n’arrivera plus sous ma responsabilité et je suis désolé. »

C’est ce qu’a affirmé le présentateur quelques minutes seulement après la diffusion du programme suivi par près de deux millions de téléspectateurs.

Les cinq secondes de différé entre les images et leur retransmission, censées justement prévenir ce genre d’incident n’ont pas été suffisantes pour la rédaction qui a reconnu n’avoir pas réagi à temps.

Le vice président de Fox News, Michael Clemente, a lui aussi adressé des excuses publiques auprès des téléspectateurs de la chaine soulignant « une grave erreur humaine ».

L’ironie de l’histoire, c’est que la chaîne locale, Ksaz-TV, qui retransmettait également la vidéo en directe, a elle réussi à couper le programme avant l’issue fatale.

Aucune information sur l’incident n’est disponible sur le site Internet Fox News, ni sur le site du tabloïd, New York Post, d’habitude si friands de ce genre de fais divers – les deux rédactions sont la propriété du magnat australien Rupert Murdoch.

rue89,  MARIE ROUSSEAU, 01/10/2012 à 14h54