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Moins fort, la pub!

Chacun s’est un jour bouché les oreilles en entendant la différence de volume entre les écrans publicitaires et les autres programmes. Une hérésie désormais réparée par les deux opérateurs du marché belge. Pour la radio, ce sera beaucoup plus long.

C’était, jusqu’à il y a quelques jours, une des récriminations les plus courantes des auditeurs et des téléspectateurs. On pourrait presque dire que chacun d’entre nous s’est un jour au moins fait la réflexion que quelque chose clochait dans sa radio ou son téléviseur à l’heure de la pub. Résumons grossièrement : depuis des années et des années, le volume sonore des écrans publicitaires, tant en radio qu’en télé, est nettement supérieur à celui des autres programmes. D’où cette impression que les publicitaires « hurlent » pour se faire entendre entre le JT, les films, les séries ou les divertissements…

« Le fait est là : si le nombre de plaintes varie en fonction des époques – par exemple celles concernant la call-TV ont quasiment disparu depuis que le secteur a été réglementé –, le nombre de plaintes sur le volume sonore des publicités est lui récurrent, explique Marc Janssen, président du CSA (Conseil supérieur de l’audiovisuel). Nous avons conscientisé les opérateurs au sujet et stimulé la recherche d’une solution et je dois saluer le fait que la RTBF a joué un rôle de moteur sur cette question. »

Depuis le 20 août dernier en effet, la RTBF et RTL, qui ont coordonné leurs efforts sur ce sujet, ont appliqué de concert les nouvelles normes européennes, si bien que les six chaînes de ces deux groupes émettent désormais sans qu’apparaisse aux oreilles du téléspectateur de différence de volume entre les écrans publicitaires et le restant des programmes. Pour le dire vite, c’est la compression du son qui donnait cette impression (car le « loudness » ne porte pas seulement sur un niveau sonore objectif mais sur la sensation d’intensité sonore d’un programme).

Pourquoi cela n’a-t-il pas été fait plus tôt ? « Je n’appartiens pas à ceux qui pensent que c’est le résultat d’une volonté délibérée des annonceurs et des agences de pub : rien en tout cas ne permet d’affirmer que la problématique n’est pas purement technique », dit encore Marc Janssen. À la RTBF, Cécile Gonfroid, directrice générale Technologies & Exploitation, est plus mesurée : « Chacun, chaîne de télé ou publicitaire, travaillait jusqu’ici selon ses propres normes techniques, c’est vrai. Ce qui ne signifie pas que cela n’arrangeait pas les annonceurs que le volume de leur pub soit exagéré… »

En radio ? Pas tout de suite

Ce qui a changé, c’est que l’UER (Union européenne de radio-télévision, qui regroupe essentiellement les services publics européens) a défini une nouvelle norme sonore (R 128). Florian Camerer, de l’ÖRF (radio-télévision autrichienne), directeur du groupe technique sur la question, n’hésite pas à parler de

« nirvana du ’loudness’ » : « C’est une avancée vitale dans l’histoire de la diffusion car cette problématique était devenue, dans le monde entier, une source majeure d’irritation pour le téléspectateur et l’auditeur. »

En Belgique, la RTBF et RTL ont donc investi dans de nouveaux équipements pour leurs régies de diffusion voire, pour la RTBF, leurs cars de captation. Toute la chaîne de production a été modifiée puisque les agences de pub fournissent désormais aux régies (RMB et IP) des fichiers aux nouvelles normes.

« Cette décision coordonnée était d’autant plus nécessaire, dit Thierry Piette, directeur technique et informatique chez RTL Belgium, que, depuis le début de l’année, les chaînes françaises appliquaient déjà pour leur part cette nouvelle norme et que, pour le téléspectateur zappant d’une chaîne belge à une chaîne française, le contraste était d’autant plus saisissant et dérangeant. Cela n’empêche évidemment pas les producteurs de faire le choix artistique de travailler le son dans le sens d’une compression. »

La radio est sans doute plus exposée encore à la problématique puisque tout y repose sur le son. La question est à l’étude, mais tant à la RTBF qu’à RTL, on estime que, pour des raisons techniques, elle aura beaucoup de mal à être résolue sur la FM et qu’elle concernera en réalité la radio numérique (DAB+) à l’avenir totalement incertain actuellement, d’autant que privé et public ne sont pas sur la même longueur d’ondes (c’est le cas de le dire) sur ce terrain.

Justement, le président du CSA veut voir dans cette décision commune sur le volume sonore de la pub une nouvelle symbolique : « C’est la preuve que les deux grands acteurs qui se mènent une concurrence rude sont capables de s’entendre et de faire avancer les choses sur des problèmes importants. Et la preuve que les plaintes des téléspectateurs sont écoutées et que cela vaut la peine qu’ils s’adressent aux autorités publiques. »

–>Lesoir, JEAN-FRANCOIS LAUWENS, vendredi 31 Août, 2012